Relever le lieu
La place entière est dessinée d'abord : escaliers, rampes, façades, mobilier. Le décor tient tout seul, sans personnage.
L'auteur · fiche d'atelier
Architecte de formation. Skateur. Dessinateur.
Il y a deux façons de regarder une place. Celle de l'architecte — d'où part cet escalier, comment ce garde-corps tient, quelle est la pente de ce parvis. Et celle du skateur — où passer, où poser une roue, quelle ligne relie un bout de la place à l'autre.
L'Homme sans tête est né à l'intersection des deux. Les lieux y sont relevés avec la précision d'un plan, et traversés avec l'appétit de quelqu'un qui cherche une trajectoire.
« Une planche, c'est d'abord un relevé.
Le personnage vient après. »
Le double geste
Côté architecte
Une gare, un parvis, des thermes, une place haussmannienne : chaque décor est construit comme un relevé. Les escaliers ont le bon nombre de marches, les rampes la bonne pente, les façades leurs vraies trames. C'est ce qui fait qu'on reconnaît les lieux — et c'est un savoir de métier, pas un effet de style.
Côté skateur
Sur ce relevé se pose une ligne : la trajectoire. Le personnage ne traverse pas la scène n'importe où, il l'enchaîne — un escalier, un muret, une rampe, un garde-corps. Chaque position est un dessin distinct, et la suite des positions dessine le mouvement, comme une chronophotographie.
La preuve par trois
Chaque planche commence dans un carnet, à l'encre. Voici la gare Part-Dieu à trois moments : la double page dessinée à la main, le trait nettoyé, puis la couleur posée. Touchez une image pour la voir en grand.
Le mur
Avant la planche finie, il y a les recherches : la même figure reprise dix fois jusqu'à ce que la trajectoire tienne debout.
L'outil
Avant de reporter une trajectoire sur une planche, il faut savoir si elle tient. Le carnet sert à ça : on dessine le mouvement image par image, on feuillette au pouce, et on voit tout de suite ce qui cloche — un appui qui manque, une rotation trop rapide, un atterrissage impossible.
C'est le brouillon du mouvement.
Rien d'autre ne le remplace.
Ce que montrent les planches
La place entière est dessinée d'abord : escaliers, rampes, façades, mobilier. Le décor tient tout seul, sans personnage.
Une trajectoire traverse le relevé de gauche à droite, en enchaînant les obstacles dans un ordre qui tient debout.
La trajectoire se découpe en positions. Chacune est un dessin séparé — parfois soixante pour une seule planche.
Le vert du maillot, le gris du jean, le turquoise des chaussures : la même tenue partout, pour qu'on le suive des yeux.
Repères