Aller au contenu

L'auteur · fiche d'atelier

Lionel Euphrasie

Architecte de formation. Skateur. Dessinateur.

Il y a deux façons de regarder une place. Celle de l'architecte — d'où part cet escalier, comment ce garde-corps tient, quelle est la pente de ce parvis. Et celle du skateur — où passer, où poser une roue, quelle ligne relie un bout de la place à l'autre.

L'Homme sans tête est né à l'intersection des deux. Les lieux y sont relevés avec la précision d'un plan, et traversés avec l'appétit de quelqu'un qui cherche une trajectoire.

Croquis au trait : trois positions du personnage franchissant le garde-corps d'un pont, dessinées l'une à côté de l'autre.
Le passage du pont — recherche

« Une planche, c'est d'abord un relevé.
Le personnage vient après. »

Le double geste

Relever, puis traverser.

Côté architecte

Une gare, un parvis, des thermes, une place haussmannienne : chaque décor est construit comme un relevé. Les escaliers ont le bon nombre de marches, les rampes la bonne pente, les façades leurs vraies trames. C'est ce qui fait qu'on reconnaît les lieux — et c'est un savoir de métier, pas un effet de style.

Côté skateur

Sur ce relevé se pose une ligne : la trajectoire. Le personnage ne traverse pas la scène n'importe où, il l'enchaîne — un escalier, un muret, une rampe, un garde-corps. Chaque position est un dessin distinct, et la suite des positions dessine le mouvement, comme une chronophotographie.

La preuve par trois

Du carnet à la planche.

Chaque planche commence dans un carnet, à l'encre. Voici la gare Part-Dieu à trois moments : la double page dessinée à la main, le trait nettoyé, puis la couleur posée. Touchez une image pour la voir en grand.

Le dessin d'origine, scanné dans le carnet : la gare Part-Dieu à l'encre sur une double page, la pliure au milieu, et une ancienne mention « Vol 1.1s ».
1 · Le carnet, à l'encre
Le même dessin, trait nettoyé, prêt à recevoir la couleur.
2 · Le trait
La planche finie : la gare Part-Dieu en couleur, avec sa fresque et sa soixantaine de positions.
3 · La couleur

Le mur

Les essais qu'on garde.

Avant la planche finie, il y a les recherches : la même figure reprise dix fois jusqu'à ce que la trajectoire tienne debout.

Croquis au trait : le personnage aborde une rampe courbe, en trois positions successives.
La rampe courbe — 3 positions
Feuille de recherches : une grille de petites vignettes reprenant la même figure, encore et encore.
Planche d'essais — la même figure, reprise
L'avis de recherche de l'édition anglaise, à l'encre noire, avant la couleur : « 200 écus Reward — We look for owner of this devil's creation ».
L'avis de recherche, à l'encre — avant la couleur

L'outil

Le flip book
dit la vérité.

Avant de reporter une trajectoire sur une planche, il faut savoir si elle tient. Le carnet sert à ça : on dessine le mouvement image par image, on feuillette au pouce, et on voit tout de suite ce qui cloche — un appui qui manque, une rotation trop rapide, un atterrissage impossible.

C'est le brouillon du mouvement.
Rien d'autre ne le remplace.

Ce que montrent les planches

Quatre temps.

Relever le lieu

La place entière est dessinée d'abord : escaliers, rampes, façades, mobilier. Le décor tient tout seul, sans personnage.

Tracer la ligne

Une trajectoire traverse le relevé de gauche à droite, en enchaînant les obstacles dans un ordre qui tient debout.

Décomposer

La trajectoire se découpe en positions. Chacune est un dessin séparé — parfois soixante pour une seule planche.

Poser la couleur

Le vert du maillot, le gris du jean, le turquoise des chaussures : la même tenue partout, pour qu'on le suive des yeux.

Repères

Formation
Architecte
Atelier
Gerzat, Puy-de-Dôme
Œuvre
L'Homme sans tête
Format
12 villes · 10 quartiers par ville · 120 séquences
Carnets
Flip book nº 1
Instagram
@_headlessman

Revenir au récit Voir la boutique